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Il y découvre nombre de pédagogies innovantes, mais le problème des élèves décrocheurs l’interpelle, car face à ce drame, les profs restent souvent sans solution. En 1995, il crée avec deux collègues une classe alternative pour des adolescents sans perspectives scolaires. Il en ressort que ces jeunes veulent deux choses: aider les autres et quitter leur environnement de tous les jours. Voila comment une première classe d’élèves débarque dans la région du Fouta au Sénégal. Dix ans après, Philippe Taburet a créé le lycée de la solidarité internationale (LSI), un établissement qui permet chaque année à des jeunes décrocheurs du système classique de partir développer des projets de solidarité au Sénégal.
Dirigeants Durables : Vous êtes à l’origine du Lycée de solidarité international. Comment est né ce projet ?
Philippe Taburet : En 1995, alors enseignant au lycée autogéré de Paris (LAP), je m’occupais d’une terminale alternative pour les élèves « en décrochage scolaire ». A la même époque, un de mes amis sénégalais me dit que les habitants de son village d’origine, Diara, souhaitaient avoir une école en français. J’ai pensé qu’un voyage solidaire pourrait être extrêmement enrichissant pour mes élèves. Effectivement, au retour les élèves arrivaient beaucoup mieux à envisager une orientation. Nous avons donc renouvelé l’expérience. En 2001, j’ai proposé au gouvernement la création du LSI partant du présupposé que la solidarité pouvait être un vecteur de raccrochage scolaire et social. Et en septembre 2002, nous avons ouvert la première classe du LSI avec 14 élèves et trois profs.
Comment fonctionne le LSI ?
Les élèves sont des volontaires entre 16 et 22 ans sélectionnés sur entretien. Chacun a un tuteur parmi l’équipe d’enseignants. Notre programme est assez simple. Pendant le premier trimestre nous travaillons sur trois axes : la re-mobilisation, un stage en association de solidarité et la socialisation. Assez rapidement, on commence à préparer le voyage au Sénégal qui se déroule en février. La deuxième moitié de l’année est occupée à confirmer l’orientation et à donner à chaque élève les compétences et la méthodologie pour réussir. Nous travaillons au cas par cas avec eux. Il existe trois types d’orientations : 10 à 30% passent en LSI niveau 2, 30 à 60% vont en 2nde générale, les autres s’orientent vers les BEP ou CFA (Centre de formation des apprentis).
Quelles sont vos méthodes pédagogiques ?
Environ la moitié des heures sont spécifiques au LSI. Les autres cours sont beaucoup moins éloignés du programme classique. Nous insistons sur les méthodes, plutôt que sur les connaissances pures, car une fois acquises chacun peut s’en sortir. Une des spécificités pédagogiques est l’EDSI : l’éducation au développement et à la solidarité internationale. Ce programme décline des thèmes tel que conflits, nutrition, santé, commerce équitable, réchauffement climatique, etc. L’objectif est d’ancrer les jeunes dans une réalité pour en faire des élèves citoyens.
Vous travaillez dans le village de Diara depuis le début ?
Oui. Nous commencions par monter le projet de l’école quand les villageois nous ont fait comprendre qu’« un homme affamé et sans accès aux soins ne peut pas apprendre. » Deux alternatives se présentaient à nous : arrêter le projet ou choisir de le dérouler sur le long terme. Voila, ça fait 13 ans ! Environ 250 jeunes sont partis à Diara pour travailler suivant ces trois axes : santé, agriculture et éducation.
Quelles sont les actions de solidarité et de DD que vous avez mené avec les élèves ?
Il y en a beaucoup mais par exemple, Aurélie, une ancienne élève du LSI, aujourd’hui volontaire de l’association des élèves Diara junior, gère un projet de ferme de spiruline* dans le village sénégalais. Nous y avons monté aussi un centre de santé et installé des toits solaires sur l’école. Par ailleurs, nous venons de finir le bâtiment d’un centre de formation aux métiers du développement durable et de la solidarité où nous allons dans un premier temps développer l’outil informatique et la culture de la spiruline. A leur retour en France, on donne aux élèves une rédaction sur le thème : « En quoi nos actions à Diara relèvent-elles du développement durable ? »
Qu’est-ce qu’apporte ce voyage à vos élèves ?
Pour nous, le voyage c’est l’expression de la solidarité au sein de la classe. Sur place, les élèves vivent tous ensemble dans une maison, tandis que les enseignants sont logés un peu plus loin. Ainsi, ils apprennent à être autonome pour chercher l’eau, faire le ménage, etc. Mais surtout, ce voyage initie une réflexion sur nos réels besoins. Ils découvrent, par exemple, que se doucher avec trois litres d’eau n’est pas si contraignant. Je peux vous assurer qu’à leur retour, aucun de nos jeunes ne gaspillent ni eau ni électricité.
Que pensez-vous de l’engouement pour le DD ?
Le développement durable est une philosophie qui réinterroge une grande partie des actions quotidiennes. J’espère que nos politiciens vont l’accepter en tant que modèle, non pas idéologique, mais de développement. Et surtout qu’ils feront preuve d’une réelle volonté politique. J’ai beaucoup d’espoir parce que nous n’avons pas le choix. Cela dit –et c’est atroce- mais je n’ai aucune confiance dans le peuple ! Il faut une éducation quotidienne, voila pourquoi j’ai monté le LSI. Rien ne m’énerve plus que ceux qui croient que tout le monde comprend tout. Il faut éduquer les gens au développement durable, qu’ils l’intègrent. C’est de la citoyenneté, mais pas nationale… mondiale.
Propos recueillis par Caroline Dangléant
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