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Entreprendre contre la pauvreté
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Robert Lion est un retraité hyper actif. Parmi ses nombreux engagements associatifs, il préside Agrisud International depuis 2002 pour mettre ses compétences au service de la solidarité.
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Effectivement sa vie a été bien remplie, Robert Lion a notamment été directeur général de la Caisse des dépôts et consignations pendant 10 ans, inspecteur général des Finances ou président du Comité stratégique des énergies renouvelables de l'ADEME. Sa sensibilité à l’environnement et au développement vient d’un fort intérêt pour les problèmes du monde et d’une angoisse pour l’avenir de la planète. Une sensibilité que partage Jacques Baratier, fondateur d’Agrisud. L’homme cherchait un moyen de mettre à profit ses compétences d’entrepreneur pour lutter conte la pauvreté. L’association qui démarra en 1992, compte aujourd’hui entre 200 et 350 salariés selon les projets, et a aidé à la création de 14 300 très petites entreprises (TPE) et de 60 000 emplois permanents.
Dirigeants Durables : parlez-nous de la mission d’Agrisud International ?
Robert Lion : l’objet d’Agrisud est de lutter contre la pauvreté dans les pays du sud par une démarche d’économie de marché. Nous aidons les plus démunis qui souhaitent devenir exploitants de TPE viables. Les formations dispensent les outils et connaissances de gestion et d’adaptation au marché ainsi que les compétences nécessaires à son activité. Il s’agit principalement d’agriculture périurbaine sur petites parcelles, les produits frais seront ensuite revendus aux citadins.
C’est un concept d’aide au développement plutôt atypique…
Oui, la démarche d’Agrisud est assez originale. Elle consiste à aider par un transfert de compétences mais sans subvention. Nous ne sommes pas du genre « sac de riz ». Par contre, l’enveloppe de financement du projet comprend en général l’aménagement du terrain avec un point d’eau. Parfois nous fournissons aussi les semences pour le premier cycle de culture. Nous formons des personnes pour qu’elles deviennent gestionnaires, branchées sur le marché et capables de faire face aux imprévus. Il en résulte des TPE durables.
D’ailleurs, 85% des TPE créés grâce à vous sont encore en activité après 4 ans. En France ce taux est plutôt de l’ordre de 50%. Quelle est la clé de cette réussite ?
L’accompagnement dure plusieurs années, ainsi nous traversons plusieurs cycles de culture avec les entrepreneurs. Dans les pays assez fertiles, il y a jusqu’à trois récoltes par an. Ce soutien sur la durée permet aux agriculteurs de maîtriser d’une part, la fertilité du sol, car de mauvaises successions de cultures épuisent la terre. Et d’autre part, de résister à toutes sortes d’attaques : insectes nuisibles, épidémies, inondations, sécheresses. En deux ou trois ans ils ont à peu près acquis le savoir faire nécessaire pour voler durablement de leurs propres ailes.
Comment intervenez-vous dans le déroulement d’un projet de création de TPE ?
Nous commençons par une étude de marché. Par exemple, nous essayons de voir s’il y aura un marché pour des cultures à contre-saison c’est à dire récolter en saison des pluies des produits qu’on ne trouve habituellement qu’en saison sèche ou inversement. Dans un deuxième temps nous dispensons des formations pour les candidats. Nous les aidons à démarrer leur premier cycle de culture. Et enfin, nous les accompagnons pendant deux à trois ans. Toutes ces étapes se réalisent autant que possible en partenariat avec d’autres associations locales.
Rencontrez-vous des difficultés ?
Oui, ce n’est pas toujours simple. Il y a quinze jours, à Madagascar, j’ai rencontré des gens en train de sortir de la pauvreté parce qu’au lieu de gratter une petite parcelle pour une quantité misérable de riz, ils commencent avec Agrisud à cultiver des carottes, salades, oignons pour les vendre au marché. C’est une culture qui représente un risque car si le riz se vend mal, il à l’avantage de rapporter à manger pour leur famille, tandis qu’ils ne vont pas se nourrir avec de la salade, il faudra la vendre. Il faut les convaincre qu’une production qui génère des revenus sera finalement bénéfique pour eux et leur famille. Mais c’est un risque considérable pour des gens très pauvres. L’accompagnement est autant psychologique que technique.
En quoi votre démarche relève-t-elle du développement durable ?
Le développement durable c’est d’abord du développement, donc de la croissance. Nous aidons à la création d’activités de production pour tirer des gens de la pauvreté. En terme d’environnement on les aide à économiser l’eau, à maintenir la fertilité du sol et éventuellement à faire des cultures intelligentes qui se passent de produits chimiques et privilégient les fertilisants naturels. Agrisud c’est du développement durable en action, sur le terrain plutôt que de grands concepts.
Avez-vous des projets particuliers à venir ?
Nous sommes en train de développer un cycle d’apprentissage pour les ONGs du sud qui veulent épouser notre démarche. Par ailleurs, nous continuons de développer notre activité, au Brésil, en Haïti et au Niger où sévit une famine récurrente.
Que pensez-vous de l’engouement pour le développement durable ?
Ce n’est pas un engouement, c’est durable et sérieux ! Ces questions préoccupent beaucoup les citoyens des pays riches mais sont également de plus en plus présentes dans les pays en développement.
Propos recueillis par Caroline Dangléant
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