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L’ambassadeur du tri sélectif
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Maire de Manspach depuis 1983, Dany Dietmann est aussi président du centre d’initiation à la nature et l’environnement du Sundgau dans le Haut-Rhin et président de la commission d'information du Public au sein du Comité de Bassin de Rhin.
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Ce prof de biologie à la retraite est à l’origine d’actions remarquables pour restaurer et aménager les ressources hydrauliques de sa région. Mais c’est surtout sur la problématique des déchets qu’il s’illustre. Les 14.000 habitants de la communauté de communes de la porte d’Alsace ne produisent plus que 96kg de déchets par habitant et par an, contre plus de 400kg en 1992. Les chiffres parlent d’eux-mêmes.
Dirigeants- Durables : En quinze ans, les 14.000 habitants de la communauté de communes de la porte d’Alsace ont divisé par 4 leur production de déchets non recyclés. Comment ce miracle a-t-il été possible ?
Dany Dietmann : Grâce à de la communication et un certain nombre de processus déclenchés à l’issue de discussions avec la population et lors des conseils municipaux. Nous en sommes à 96 kg/habitant/an de produits résiduels ménagers non triés, c’est à dire pour lesquels ils n’existe pas encore de valorisation. La moyenne nationale est de 438kg.
Vous utilisez l’expression de produit résiduel ménager plutôt que déchet. Expliquez nous pourquoi ?
Prononcer le mot déchet me semble être un signe d’inintelligence car en cas de pénurie on ne peut plus se permettre de déchets. J’utilise le mot produit résiduel parce qu’il s’agit en réalité de matériaux à récupérer. A mon avis, nous trouverons des solutions technologiques pour recycler les déchets ultimes d’aujourd’hui. La meilleure des preuves, c’est l’émergence de l’archéologie rudologique (du latin rudus qui signifie déchet). Toutes les multinationales du déchet cherchent des solutions pour récupérer des résidus enterrés depuis 20 ou 30 ans dans les décharges, pour la bonne raison qu’ils ont, aujourd’hui, une valeur ajoutée en hausse constante. Par exemple, le cours européen des cannettes en aluminium est de 900 euros la tonne. En détruisant ces produits résiduels, nous poursuivons le pillage de notre supermarché planétaire ! Le développement durable doit justement agir pour réapprovisionner les stocks destinés aux générations futures.
Parlez-nous de votre système de traitement des produits résiduels ménagers…
Compte tenu de la géographie de notre secteur, la collecte sélective et au porte à porte ne coûte pas plus cher qu’un système classique. Cela nous permet de faire l’impasse sur les déchetteries et de toucher les personnes à mobilité réduite. Ensuite, nous avons mis des composteurs à disposition de la population. Le résultat ne s’est pas fait attendre : la masse des fermentescibles dans une poubelle est de 25%. C’est autant de camions de ramassage en moins. En outre, les produits triés par ailleurs sont de meilleure qualité pour le recyclage.
La grande amélioration, c’est le dispositif de pesée embarquée…
Oui. La pesée embarquée consiste à permettre aux ménages de payer le service de la collecte des déchets non triés au poids grâce à une puce informatique insérée dans le plastique de la poubelle, permettant l’identification du propriétaire de la poubelle lors de la pesée assurée par le camion. On paie les déchets comme l’eau, l’électricité ou le téléphone. La collecte des produits triés étant gratuite puisqu’il y a eu valeur ajoutée du geste du tri. « Mieux tu tries, moins tu payes ! »
Combien coûte ce dispositif ?
Entre le coût de la collecte, la mise à disposition des différentes poubelles, les aides, ce que rapporte la vente des matières premières secondaires et le traitement des résiduels, le coût moyen est de 51 euros par habitant et par an. La moyenne en France est autour de 100 euros.
Cette méthode a-t-elle fait des émules ?
Oui. Aujourd’hui une soixantaine de communautés de communes adoptent ce système en France. Cependant, les incinérateurs restent encore prioritaires dans la plupart des systèmes de traitements de déchets. L’angoisse de tout gestionnaire d’usine d’incinération est de ne pas pouvoir remplir « la bête ». Le tri pour la valorisation de la matière, est un compétiteur redoutable de l’incinérateur, nous sommes dans des optiques difficilement conciliables.
Que pensez-vous des nouvelles normes obligatoires (depuis le 28 décembre 2005) concernant les usines d’incinération ?
Rien ne se perd, rien ne se créé. A la sortie d’un incinérateur il y a environ 30% de mâchefers et de cendres. Le reste part en fumées et en dioxyde de carbone dans notre « dépotoir respiratoire ».
Pourtant il serait possible de fonctionner sans ces usines d’incinérations…
Bien sûr. La France est très en retard sur ces questions parce qu’il y a un lobby considérable sur les incinérateurs. Des villes comme Edmonton, Halifax ou San Francisco n’en ont plus, ils trient et valorisent la matière à 80%. Néanmoins, il faut avoir conscience que la population n’est pas seule responsable des intriés. Aujourd’hui on nous inonde d’emballages qui ne sont pas valorisables. Pourtant une estimation montre que la R&D sur le recyclage créerait un gisement d’emploi de 350 000 personnes.
Êtes-vous optimiste ?
Je suis résolument optimiste. Toutes les entreprises qui ont pris de l’avance dans ce domaine font des bénéfices énormes. Et puis, il y aura un facteur régulateur conséquent : quand le baril de pétrole vaudra 100 dollars ou plus, il sera impératif de repenser notre modèle énergétique. A mon avis, le 21ème siècle marque le passage de la gestion de l’abondance supposée des ressources naturelles à une époque de pénuries avérées. Dans ce contexte le mot déchet perd toute sa signification.
Propos recueillis par Caroline Dangléant
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La pesée embarquée, quesako ? Concrètement, les poubelles sont munies d’une puce informatique avec les coordonnées du contribuable. Sur le camion il y a un palpeur qui enregistre les données et qui pèse la poubelle 60 fois en montant et 60 fois en redescendant. Ainsi, n’est calculée que la masse récoltée par le camion.
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