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Le développement « durable et désirable »
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Dès la fin des années 80, le jeune designer qu’était Thierry Kazazian a eu la conviction que l’environnement devait être pris en compte dans la conception d’un produit.
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Avec d’autres designers et architectes de la domus académie de Milan, il crée un réseau de designers soucieux de l’environnement : O2 Global Network. Imaginer qu’un objet puisse avoir un impact environnemental à chaque étape de son cycle de vie était complètement novateur. Mais attention, point d’intégrisme écologique, Thierry Kazazian prône une esthétique respectueuse de l’environnement qu’il avait coutume de résumer en parlant de « développement durable et désirable ». Puis, ce pionnier a élargi son champ de réflexion à nos usages et modes de vie pour en tirer le concept d’« économie légère ». Thierry Kazazian est malheureusement décédé en janvier 2006. À travers les mots de Catherine Ronge, qui a repris la société O2 France, nous souhaitons rendre hommage à ce visionnaire esthète et éclairé.
Dirigeants Durables : Quelle est l'histoire de l'agence O2 ?
Catherine Ronge : Thierry Kazazian a fondé O2 France en 1988, parallèlement au réseau O2 Global Network. Aujourd’hui nous sommes toujours partie prenante dans ce réseau. Au départ, Thierry partait du constat que l’écologie ne signifiait pas se priver d’objets, mais plutôt les repenser, les concevoir différemment pour les utiliser plus intelligemment. Depuis notre activité a mué pour mieux soutenir l’évolution des pratiques et des mentalités en faveur du développement durable. Aujourd’hui, O2 France réunit 10 personnes, à la fois des ingénieurs en éco-conception et en environnement, des éco-designers, des commerciaux et des communicants. Grâce à Thierry Kazazian, O2 France bénéficie aujourd’hui d’une belle notoriété.
M. Kazazian avait construit une philosophie de l'utilisation des objets qui nous entourent. Pouvez-vous nous en dire plus ?
Thierry Kazazian a développé le concept d’économie légère. Le principe est d’admettre que chaque produit a un impact sur l’environnement, autrement dit, une empreinte écologique. Aller vers une économie légère, signifie non pas simplement repenser le produit, mais aussi son usage. Posons-nous la question : Ai-je besoin de détenir tel objet, alors que je peux l’utiliser sans le posséder ? Par exemple, une voiture reste au garage près de 90% de sa vie. Nous nous dirigeons vers une nouvelle dimension de produit et de service qui implique la collectivité et l’individu dans la ville.
Expliquez nous en quoi consiste l’activité d’O2 France ?
Aujourd’hui notre activité est plus large que l’éco-design et l’éco-conception. Nous accompagnons les entreprises, administrations ou collectivités dans leur démarche globale de développement durable en repensant leurs produits et leurs services et en les valorisant par une démarche de communication et de marketing adaptée. Car fabriquer un bon produit éco-conçu qui ne se vend pas reste finalement un échec. Nous avons travaillé sur le premier sac à dos éco-conçu avec Lafuma accompagné Monoprix dans le développement de sa première gamme de produits d’entretien verts ainsi que Nature et Découvertes dans une démarche d’éco-conception de leurs boutiques.
Vous intervenez également à d’autres niveaux…
Oui, outre l’accompagnement des entreprises et des collectivités, nous tenons un rôle pédagogique pour sensibiliser le grand public à une autre consommation. Cela se traduit par la participation à des conférences, par des interventions dans des écoles, ou encore par des expositions comme « Changer d’ère » à la Cité des sciences et de l’industrie et dont nous étions co-commissaires. Cette expo s’inspire largement d’un ouvrage collectif d’O2 France dirigé par Thierry Kazazian : « Il y aura l’âge des choses légères ». Deux projets de l’agence sont également présentés dans une exposition organisée par la fondation EDF : « So Watt ? Du design dans l’énergie » à l’espace Électra (Paris).
Que proposent-ils ?
La première idée, Human power, part du constat qu’en marchant ou en s’exerçant dans une salle de gymnastique, chacun génère de l’énergie gaspillée alors qu’elle pourrait parfaitement recharger un portable ou encore alimenter la salle de sport en électricité. C’est toutefois un projet relevant du prospectif car il reste un certain nombre de verrous technologiques à faire sauter. L’autre projet de l’expo « So Watt ? » S’appelle énergénie du futur. Cette idée utopique part du constat que sur terre, il y a toujours une moitié éclairée par le soleil et une autre dans l’obscurité. Prenons Paris et à l’opposé Sydney. Lorsqu’il fait jour dans la capitale française, il fait nuit en Australie. On pourrait imaginer des réverbères qui serviraient le jour de capteurs solaire. L’énergie ainsi emmagasinée serait envoyée jusqu’à Sydney par des fibres optiques pour éclairer la ville la nuit. Et inversement. Notre métier est aussi de susciter l’envie et la réflexion. Et ces deux projets montrent que repenser certains fonctionnements de notre monde peut être amusant et même poétique.
Que pensez-vous de l'engouement, depuis quelques années, pour le concept de DD ? Quels sont vos craintes et vos espoirs ?
On en parle de plus en plus. Aujourd’hui, il n’y a pas un journal télévisé où « développement durable », « écologie » ou « environnement » ne sont pas mentionnés. Le développement durable infiltre le quotidien de chacun, des entreprises. Un ministère s’y consacre depuis peu. Tous ces éléments sont extrêmement positifs. En revanche, il faut être vigilant pour que cet effet d’annonce ne retombe pas. Nous devons également veiller à ce que le terme de « développement durable » ne soit pas utilisé n’importe comment. On voit déjà du « durable » et du « éco » un peu partout aujourd’hui.
Propos recueillis par Caroline Dangléant
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Héliote, l’inventivité de O2 France Héliote est un économiseur d’eau pas comme les autres. Il est doté d’une petite hélice qui tourne plus vite à mesure que le débit d’eau augmente. Ainsi, en plus d’économiser l’eau, l’utilisateur prend conscience des conséquences de son geste quand il ouvre le robinet plus ou moins fort. En plus, l’hélice change de couleur selon la température pour prévenir les enfants du risque de se brûler. Héliote est aussi utilisé par des patients atteints de la maladie d’Alzheimer. Le designer a pensé à l’usage, mais aussi à l’interaction de l’objet avec le geste de l’utilisateur. |
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