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Yves Neveu, entrepreneur très social

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Il y a quelques années, Yves Neveu était travailleur social. Aujourd’hui, il est chef et fondateur d’une entreprise de nettoyage de bureau. Loin d’avoir fait table rase de son passé, Yves Neveu mène au sein de son établissement une politique sociale et sociétale exemplaire.

Pour illustrer l’esprit de Neveu Nettoyage, ce joyeux patron aime poser une petite question test : « Avez-vous déjà rencontré la personne qui fait le ménage dans vos locaux ? Savez-vous comment elle s’appelle ? » Tous les clients de Neveu Nettoyage, eux, connaissent le prénom des gens qui viennent décrasser leurs bureaux.
Son leitmotiv : des relations humaines privilégiées et solidaires offrent des parties prenantes impliquées. Ses quelques 80 collaborateurs -il préfère ce terme à celui de salarié- sont tous des « écorchés de la vie qui ont retrouvé leur dignité dans le travail ». De fait, l’ambiance décape chez Neveu Nettoyage !


Questions à

Yves Neveu

 


 

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Dirigeants Durables : Quelles sont les particularités de votre entreprise ?

Yves Neveu : Nous exigeons d’une part, que nos collaborateurs soient très impliqués dans leur travail et d’autre part, que nos clients en retour, considèrent nos employés. En fait, nous vendons une reconnaissance du métier. Ok, ce n’est pas sorcier de faire le ménage, mais c’est loin d’être la seule compétence nécessaire. Le collaborateur sécurise les bureaux par sa présence, conserve des secrets professionnels et doit être autonome. Le tout pour un SMIC.
Une autre particularité est la pratique d’une veille sociale au sein de l’entreprise. C’est à dire qu’on essaie de s’entraider au maximum, pour des problèmes professionnels mais pas seulement. A mon avis, la notion de lien social est essentielle. À force de ne parler que d’argent, cette conception s’est perdue. Bref, Neveu Nettoyage est bien loin du Hard discount qui a pour unique préoccupation la production à moindre coût.

Est-ce un choix de n’employer que des personnes en difficulté ?

Je suis toujours en relation avec des travailleurs sociaux qui orientent vers moi certaines personnes dont ils s’occupent, qui veulent trouver ou retrouver un emploi. Il faut avoir conscience que dans une entreprise de nettoyage les salariés sont très rarement des bac+5 ! Ils sont là par dépit plus que par désir. Ils ne gagneront jamais plus que le SMIC et travaillent à temps partiel. Ce qui veut dire qu’ils gagnent autant que leur voisin Rmiste. A la grande différence qu’eux ont choisi de travailler pour retrouver une dignité sociale.

Quelles sont vos techniques pour impliquer vos employés dans l’activité de l’entreprise ?

Dès l’embauche, il est nécessaire de donner un sens très important au contrat de travail et à la notion d’engagement. Je n’invente rien, c’est une règle de savoir vivre : « Je dis ce que je fais et je fais ce que je dis. » A partir du moment où il y a un contrat et un bulletin de paie, les salariés ont autant de responsabilités sur le terrain que le patron. C’est grâce à eux si le client continue à travailler avec nous. De fait, nous sommes extrêmement fermes sur le comportement et la présentation de chaque collaborateur.

Vous avez également des exigences vis-à-vis de vos clients…

Les professions libérales constituent notre cœur de clientèle. Mettons qu’il s’agit d’un cabinet de notaire. J’exige de rencontrer maître Dupond en personne pour lui servir mon topo sur le fonctionnement et l’esprit de Neveu Nettoyage. Ensuite, je lui impose d’être présent le jour où ma collaboratrice Monique commence à travailler chez lui. Evidemment, ça l’agace. Mais je lui explique qu’il existe deux possibilités. Soit je rentre au bureau et je dis à Monique : « Vous vous occupez du chantier 452, voila les clés, vous commencez lundi à 17h, le matériel sera sur place. » Soit je lui dis : « Bonjour Monique, vous commencez lundi à 17h, nous serons accueillis par maître Dupond. » Et le notaire, lundi à 17h, répondra : « Bonjour, je m’appelle maître Dupond, je vous confie les clés de mon cabinet, voici mon numéro de portable s’il y a un problème. » Monique elle existe ! Et le jour où il aura un souci, elle sera là, elle sera impliquée.

Comment réagissent vos clients ?

Généralement il n’y a aucun problème. Je les embête un peu au début mais ils finissent par comprendre. L’objectif c’est d’entretenir des relations respectueuses, ni plus, ni moins.

Parlez nous de la veille sociale instaurée au sein de votre établissement...

L’ensemble des métiers d’appuis, c'est-à-dire le staff administratif, a pour ordre d’écouter et d’aider un collègue si celui-ci a un problème pour remplir des papiers, démarcher auprès de la préfecture ou encore pour trouver un logement. Par exemple, un jour une de nos collaboratrices est arrivée avec ses valises, elle ne voulait plus rentrer chez elle parce que son mari la battait. Nous avons fait jouer nos relations pour lui trouver une chambre et l’aider à déménager.

L’environnement est-il aussi une de vos préoccupations ?

Oui bien sûr. Avec nos fournisseurs nous commençons à y réfléchir. Bientôt, la réglementation nous obligera à collecter nos déchets et autres produits agressifs utilisés sur les chantiers. Nous devons l’anticiper.
Par contre,  comme nos collaborateurs se déplacent très souvent en voiture, nous travaillons déjà sur le comportement routier : conduire intelligemment, sans trop consommer de carburant. Depuis très longtemps, je regarde les véhicules électriques. Mais pour l’instant, il n’y a pas de retour économique assez intéressant par rapport à la notion d’image.

Imaginez que demain vous êtes un dirigeant politique, que faites-vous ?

Je tenterais de résoudre un gros problème. Aujourd’hui, le système de réglementations devient tellement dingue qu’il faut être inconscient pour devenir chef d’entreprise. Pourtant, il faut encourager les gens à mettre le pied à l’étrier pour créer leur propre business. Mon adjoint et moi orientons nos projets dans ce sens en reprenant des entreprises en difficulté. L’idée c’est de transmettre notre savoir faire à des jeunes qui ont envie de récupérer ces sociétés. Nous avons chacun quatre enfants et il y a beaucoup de jeunes chez Neveu Nettoyage. Ça pourrait être l’un d’entre eux.
Des amis me taquinent parfois sur mon statut de patron. Mais le modèle capitaliste est le seul qui fonctionne. Soit on le critique en restant en dehors, soit on l’intègre pour le faire vivre et l’améliorer.

Propos recueillis par Caroline Dangléant




Les devises de M. Neveu

- « On a tous besoin de bosser pour bouffer, mais l’ambiance, c’est nous qui la créons. »
- « Ce n’est pas le salarié qui s’adapte aux horaires de l’entreprise, mais l’entreprise qui s’adapte aux horaires du salarié. »
- « la vie est trop courte pour s’habiller triste ! »
- « j’ai pas de temps à me faire chier avec des cons ! »

 
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